La philosophie Ikebana

Ikebana signifie avant tout donner vie aux fleurs, les faire parler pour qu’elles nous montrent la voie vers la sagesse et la tranquillité. Le pratiquant doit apprendre le langage de la plante pour en comprendre sa philosophie. On appelle aussi l’ikebana le « kadô », c’est-à-dire le chemin des fleurs. (« ka », c’est les fleurs, « dô » c’est le chemin).

Au contraire de la forme décorative des arrangements floraux de chez nous, l’arrangement floral japonais crée une harmonie de construction linéaire, de rythme et de couleurs. Alors que nous tentons d’accentuer la quantité et les couleurs des fleurs, portant notre attention essentiellement sur la beauté de la fleur, les Japonais accentuent l’aspect linéaire de l’arrangement. Ils ont développé un art qui valorise aussi bien le vase, les tiges, les feuilles et les branches que la fleur elle-même. chaque fleur est importante, et chaque fleur a une position bien définie.

Pour composer un ikebana il faut se mettre à l’écoute de la nature, la ressentir pour l’imiter ; si cette branche est penchée, c’est que une autre lui faisait de l’ombre, il faut respecter l’histoire de la plante, c’est l’oeuvre de la nature. Il s’agit de rapprocher l’homme et la nature en jouant sur les formes et les volumes de la plante.

C’est un art qui repose l’esprit, le bouquet doit refléter l’état d’âme de la personne qui le compose.

La symbolique

Si les occidentaux ont toujours insisté sur la quantité, sur la couleur des végétaux dans une perspective purement décorative de leurs bouquets, les Japonais au contraire, donnent un sens philosophique à leur composition.

Les lignes, les masses et les couleurs vont créer l’atmosphère et la signification du bouquet ou se retrouveront toutes les techniques des arts plastiques : l’architecture pour l’élaboration de la structure du bouquet, la sculpture pour la recherche des formes et des volumes, la peinture pour l’harmonie et les effets de contraste dus aux couleurs et à la texture des végétaux. Comprendre les plantes au delà d eleur simple aspect, de leur botanique, les analyser d’un manière intérieure, les mettre en valeur, voilà ne démarche enrichissante pour l’esprit.

Une approche globale

L’approche peut se faire de deux façons. Dans la première approche que l’on qualifie d’objective, de végétative, la nature est prise comme modèle, une portion en sera reproduite dans les limites d’un vase ; pour reconstituer la nature le plus fidèlement possible, le mode de croissance de la plante servira de guide.
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Dans la deuxième approche que l’on qualifie de subjective, les branches ne sont pas utilisées en tant que végétaux mais comme des éléments graphiques. Elles seront traitées en objet. On les choisira de préférence en fonction de leur aspect insolite, de leur couleur, d’un caractère exceptionnel en recherchant des effets de contraste.

Une asymétrie

La nature ne produit jamais de symétrie absolue. La symétrie est synonyme d’immobilité, d’absence de vie. Ce qui est asymétrique donne l’impression d’être inachevé et ainsi exprime la vie qui est un déséquilibre perpétuel, se développant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, pour sauvegarder l’harmonie. Ainsi, l’ikebana cherche à traduire le caractère profond plutôt que l’apparence.

 

Les lignes

<span style= »font-weight: 400; »>Quelle que soit la provenance des végétaux dont on dispose, il faut d’abord choisir une première branche qui sera la première ligne de charpente de l’arrangement. Le choix de cette branche demande une réflexion approfondie : sa nature, la manière dont elle a poussé, l’orientation de son feuillage, le volume qu’elle dessine vont décider du style de la composition : droit, incliné ou en cascade. Il est donc indispensable d’apprendre à bien analyser les végétaux à utiliser. Trois formes de ligne peuvent être utilisées : droite, courbe ou brisée.

Les lignes droites

Les lignes droites proviennent souvent des végétaux à croissance rapide (graminées, joncs, bambous,…). Elles donnent une impression de force et de vigueur. Dans un style vertical, elles simulent la jaillissement, alors que dans un style incliné elles exprimeront au contraire l’apaisement. En position intermédiaire, en diagonale, elles exprimeront le changement. Ainsi les lignes droites apportent, dans une composition, mouvement, précision et simplicité.

Les lignes courbes

<span style= »font-weight: 400; »>Les lignes courbes peuvent être naturellement arrondies comme pour le saule, l’osier ou bien accentuées par un travail de torsion et de flexion des végétaux. On obtient ainsi des lignes qui donnent de l’élan au bouquet. Il faut veiller à ne pas les mettre à plat et travailler dans les trois dimensions et ne pas oublier la profondeur.

Les lignes brisées

Les lignes brisées correspondent à une cassure naturelle ou provoquée. Par exemple, on s’inspire des joncs brisés par le vent au bord d’un étang ou le passage d’une tempête.
On peut associer les droites avec les courbes, mais on évite d’associer les courbes avec les lignes brisées.

<span style= »font-weight: 400; »>Le bouquet traditionnel japonais comprend trois lignes principales réparties autour de la verticale selon un schéma ternaire symbolisant le ciel, l’homme et la terre. La branche ou la fleur représentant le ciel est la plus importante par la taille. Elle peut se distinguer aussi par sa morphologie ou sa couleur. Son choix est décisif pour le style du bouquet dont less constitue le point de départ. L’élément secondaire, placé à côté de l’élément ciel, symbolise l’homme et doit donner l’impression de pousser latéralement, enfin le troisième élément représentant la terre est le plus court. Il est disposé soit à l’avant, soit légèrement incliné du côté opposé aux deux premiers éléments.

<span style= »font-weight: 400; »>L’une de premières règles à suivre consiste à placer les lignes principales par rapport à une ligne verticale imaginaire, qui donne son équilibre à l’arrangement, et à inscrire les extrémité des lignes dans un volume géométrique simple.

La masse

La masse est l’expression de la force tandis que la ligne est l’expression du mouvement. Pour qu’une composition soit stable il faut choisir un point focal, le coeur de la composition, c’est à dire le centre attractif ou le regard s’arrête pour repartir ensuite vers d’autres lignes. Ce point central se situe à la convergence des principaux éléments de la composition. Ce peut être une touche de couleur ou la convergence des principaux éléments sur un fond contrasté.

Dans les compositions modernes on trouve beaucoup de bouquets de masse. La masse d’un arrangement correspond à un volume dans lequel interviennent une hauteur, une largeur, une profondeur, et à la fois les trois éléments (le ciel, l’homme et la terre). L’impression de masse d’une composition est donnée par l’assemblage des végétaux en petits groupe. Plus un élément est fin, plus il peut être haut et inversement, plus il est dense, plus il sera court.

Les couleurs

<span style= »font-weight: 400; »>Chez les bouddhistes, les cinq éléments sont symbolisés par des couleurs : bleu pour l’air, jaune pour le vent, rouge pour le feu, blanc pour l’eau et noir pour la terre.
Différents tons se trouvent dans les feuillages naturels et les fleurs. Il faut apprendre à les regarder et jouer avec eux. Il faut savoir retrouver l’harmonie grâce au contraste : le contraste crée l’harmonie.

<span style= »font-weight: 400; »>Le rapport des couleurs entre elles est important dans une composition qui doit mettre en valeur la beauté des couleurs des végétaux.

Le rouge, couleur chaude, vivante, puissante , peut être renforcé avec d’autres coloris. Le bleu est pur, profond, mais passif et froid.

Le jaune, primitif, simple et joyeux, apporte de la lumière dans les compositions.

Le vert symbolise la paix et incite au repos par sa douceur.

Enfin le blanc est une couleur pure, franche, qui donne de l’éclat et rehausse les éléments qui l’entourent.

Il faut établir un équilibre entre les couleurs gaies et les couleurs tristes afin d’obtenir l’harmonie. Ne pas oublier non plus que les fleurs ne doivent jamais être sur le même plan, la nature n’est pas symétrique. Elle pousse par paliers, il faut donc, pour l’équilibre du bouquet, mettre les fleurs les plus épanouies à la base, les plus petites en hauteur.

<span style= »font-weight: 400; »>Pour l’équilibre d’une composition, nous parlons de hauteur, de largeur et de profondeur, pour la couleur nous pouvons parler de coloris, de lumières et d’intensité.

Le vase

Au delà du simple récipient, le vase est comme une oeuvre d’art qui a ses qualités propres. Cette unité entre le vase et les végétaux naît une harmonie. Un équilibre entre la partie inerte qui sert de support et la partie vivante que sont les branches, les feuilles, les fleurs.

<span style= »font-weight: 400; »>Chaque école propose une quantité importante de vases et il est intéressant de travailler dans des récipients différents et d’observer leur influence sur le bouquet.

« Choisir le vase, c’est déjà réaliser une partie du bouquet »

Sa forme peut être géométrique, toute simple ou très sophistiquée, comme une véritable sculpture.

Les bassins semi-circulaires ou en forme d’ellipse sont utilisés dans les compositions moribana.

Les vases hauts pour les naggeire, les vases traditionnels en bronze pour les rikka et sköka de l’école ikenobo.

Plus la taille du vase sera importante, plus la taille du bouquet devra l’être. Le premier élément est toujours calculé selon une hauteur et demi, plus le diamètre pour les vases hauts.

La matière du vase conditionne l’aspect et influence le style du bouquet. Certaines matières très courantes comme le verre, le grès, la terre cuite attirent moins le regard. Les matières plus rares comme le cuivre, le bronze, l’étain donnent une impression forte. Il faudra veiller à harmoniser les végétaux avec la matière du vase.

Découvrir la structure de l’ikebana : principes, équilibre et sens de la composition

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